Lundi 5 Octobre l’UFC Que Choisir a été auditionnée par la Mission Création & Internet diligentée par le ministre de la Culture et de la Communication Frédéric Mitterrand et présidée par Patrick Zelnik.

Lors de cette entrevue nous avons exposé nos principales propositions, déjà exposées dans notre contribution écrite qui s’articule autour de deux volets :

1. Comment améliorer l’offre légale

2. Autoriser et réguler les échanges hors marché (le partage)

Il semblerait que notre intervention ait plutôt été bien accueillie. Les membres de la commission nous ont assuré que toutes nos propositions séraient étudiées avec soin, y compris notre proposition de légalisation des échanges. Patrick ZELNIK, a ainsi insisté sur le fait que la commission n’était pas fermée et qu’elle s’autorisait à réfléchir à tous les mécanismes favorables aux consommateurs. Dans cette perspective, les membres de la commission nous ont longuement interrogés sur la faisabilité et l’impact de la mise en place d’une contribution obligatoire.

Guillaume CERUTTI nous a notamment demandé comment rendre acceptable ce paiement pour le consommateur? Quel serait l’avenir pour l’offre légale si une telle mesure était prise ?

Ces questions étant régulièrement soulevées, il nous semble nécessaire de faire ce travail d’éclaircissement. Par conséquent, nous nous permettons d’y répondre sur cette espace, en reprenant l’essentiel des arguments développés devant la commission.

Tout d’abord, nous tenons à souligner que nous avons conscience que proposer une contribution financière qui pèserait sur l’ensemble des ménages abonnés au haut débit n’est pas une solution qui va de soit pour une association de consommateurs. Mais cette proposition a été longuement réfléchie et est le résultat d’intenses échanges avec de nombreux acteurs y compris du monde artistique.

Comment l’UFC Que Choisir en est-elle venue à conclure qu’il s’agissait de la meilleure solution ?

Tout d’abord un constat simple. Le téléchargement ne disparaitra jamais, tout simplement car il est un usage très répandu, profondément ancré dans les habitudes des consommateurs. Il est une nouvelle porte d’accès à certains produits et services culturels mais également le fondement de nouvelles relations entre le public et les artistes.

Ensuite, nous sommes convaincus que même s’il y a aujourd’hui des réticences qui s’expriment, les consommateurs sauront valoriser ce nouveau droit : un accès élargi à la culture. Car il ne faut pas se le cacher l’accès à la culture ne va pas de soit et son prix est une barrière non négligeable.

Nous attirons l’attention de nos chers lecteurs sur le fait qu’en France en 2008 50% de ménages vivaient avec moins de 16 910 euros/ans (source INSEE). Une récente enquête de l’IFOP révèle également que 37% de la population déclare ne pas être allée au cinéma car le prix de la place est trop élevé.

Offrir cette possibilité d’accès à certains biens et services culturels est finalement offrir un nouveau droit. Nous pensons sincèrement que la France pourrait tirer un certain orgueil de la mise en place d’une telle mesure.

Enfin, on nous dit souvent que cette contribution est injuste pour tous ceux qui ne téléchargent pas. Mais ces consommateurs se l’interdiront-ils si cela est légale et contribue à rémunérer les artistes. Ce nouvel accès ne va pas t-il créer une nouvelle appétence pour la culture ? En effet, un certains nombre d’études mettent en exergue que ceux qui téléchargent sont également ceux qui consomment le plus de biens et services culturels (marchands). Nous croyons que le droit à partager activera ce mécanisme, si bien que, d’une part, la grande majorité des consommateurs saura valoriser ce nouveau droit, d’autre part, cela soutiendra l’offre commerciale.

Lors de notre audition l’antagonisme entre l’offre hors marché et l’offre commerciale semblait être une des préoccupations majeures des membres de la commission et plus particulièrement de Patrick ZELNIK. Ce dernier nous a dit être prêts à se mettre dans la peau du consommateur pour faire des propositions au plus près de ses préoccupations mais nous a également demandé de nous mettre dans la peau des acteurs de l’industrie culturelle, notamment du patron de label qu’il est.

Ces craintes, de la part des industriels, sont légitimes et tout à fait compréhensibles. Cependant, il est nécessaire de se poser les bonnes questions. S’il s’agit de réfléchir à la manière de maintenir le statu quo, c’est à dire de permettre à ces acteurs de produire avec des méthodes du passé, en faisant abstraction des bouleversements que subit leur environnement, soyons clair nous n’irons nulle part. En effet, même sans l’existence du partage leur industrie périclitera car les usages ont évolué. On ne remplit pas un iPod de 40 giga-octets de capacité de stockage en achetant des CDs à 15 euros, pas plus que des titres à 99 centimes d’euros.

L’offre commerciale ne continuera d’exister que si elle est porteuse d’innovations. Auprès du consommateur l’industrie du disque à un rôle important à jouer dans la relation entre le public et les artistes. Elle doit par exemple aider l’amateur de Jazz à dénicher les vieux titres rares d’artistes qui ne sont plus édités ou l’orienter vers les nouveaux musiciens les plus susceptibles de l’intéresser. L’innovation peut également être une prestation globale, comme le fait déjà en partie Apple avec Itune. En effet, il serait faux d’attribuer le succès d’Itune à la disponibilité et au prix des fichiers musicaux qu’il propose, d’autres le font. En réalité il s’explique bien plus par une prestation spécifique fondée sur l’interaction complète entre le matériel physique (hardware) et les contenus.

Du coté des artistes les maisons de disques ont également un rôle à jouer. Si ces derniers émergent de plus en plus de manière autonome - on peut par exemple qu’être admiratif du succès de Slimy qui s’est construit seul à partir d’internet en proposant ces œuvres gratuitement au public – ils ont besoin, malgré tout, d’être accompagnés – et c’est peut être pour cela que Slimy a fini par signer avec une Major-. La maison de disques doit permettre à l’artiste d’être visible dans un nouveau contexte où l’offre est à la fois croissante et dispersée. Elle doit également l’assister dans les activités nécessaires à la promotion de son art.

Les maisons de disques peuvent également aller plus loin comme le fait Live Nation qui prend en charge l’ensemble des activités qui font vivre l’artiste (on appelle cela le 360 degrés). Live Nation s’occupe de la production et de la promotion des phonogrammes, des fichiers musicaux et autres médias, mais aussi des concerts, de l’exploitation des licences (pour des publicités ou des jeux) et des goodies. Dans ce nouveau modèle, les revenus sont entièrement partagés (50/50) mais surtout la vente de supports comme le CD n’est plus l’objectif final, vendre des supports et un moyen, rentable, parmi d’autres de promotionner l’artiste. L’objectif étant la maximisation des revenus globaux.

Sans aucune provocation, nous aimerions souligner que le patron de label ou d’une maison de disques est avant tout un entrepreneur, et la fonction première d’un entrepreneur est de s’adapter à un environnement en perpétuelle évolution. On peut même aller plus loin en soulignant que dans la théorie économique la fonction première attribuée à l’entrepreneur est de saisir les opportunités que créer un nouvel environnement.